Héros de la France Libre.

Le 5 février 1943 Michel Bozzi et son radio, partis d’Alger sur le sous marin Casabianca, sont débarqués sur la plage d’Arone.

Le Casabianca, arrivé en vue du Capo Rosso s’est posé sur le sable de la baie  par cinquante mètres de fond en attendant la nuit pour faire surface et s’approcher à quatre cents mètres du rivage. Le débarquement avait été retardé d'un jour à cause d'une patrouille ennemie L’Adjudant-chef  Michel Bozzi et  le  radio-opérateur Chopitel, alias Dupont, alias Tintin, sont conduits à terre sur une embarcation du submersible menée par deux marins. Sont débarquées également armes et munitions confiées à la Résistance dont les émissaires sont venus de Piana. Michel Bozzi a pour mission première d’établir une liaison radio et se dirige vers Ajaccio avec son personnel et son matériel radio. Une fois à destination, il prend contact avec son camarade Antoine Rossi, ancien adjudant-chef qu’il a connu au régiment de Zouaves caserné  à Fort National, près d’Alger.

Antoine Rossi s’est retiré à Letia. Contacté, il assure Michel Bozzi de son soutien et lui propose de le rejoindre à Letia dans le cas où il estimerait se trouver en danger. Malgré l’isolement, Michel Bozzi accomplit efficacement sa mission et prend  les contacts nécessaires avec les personnes qui lui ont été désignées. Se sentant surveillé et en danger d’être arrêté, il avise Rossi de son intention de se mettre à l’abri à Letia, ce qu’il fait quelques jours après.

Antoine Rossi le conduit  alors dans une maisonnette qui devait lui servir de lieu d’hébergement et de refuge. Cette bâtisse, située dans un endroit relativement isolé, au nord-est du hameau de Cugugnana, au lieu-dit Ghjiuntulellu, servait à l’époque de séchoir à châtaignes. Ce petit bâtiment, dissimulé dans la châtaigneraie qui domine les deux hameaux de Letia sera le lieu du séjour de Michel Bozzi.  Antoine Rossi, mettant à profit ses activités d’éleveur, ravitaille régulièrement le fugitif en vivres. Michel Bozzi et lui-même mettent au point un dispositif d’alerte ainsi qu’un itinéraire de fuite,  en cas de danger avéré, avec  un point de repli où Bozzi devait éventuellement se rendre et Rossi l’y retrouver.

Début juin, Michel Bozzi décide de quitter son refuge et rejoindre Ajaccio  malgré les conseils pressants de Rossi qui tente alors de le dissuader de mettre sa mission en danger et sa vie en péril. Bozzi quitte Letia le 15 juin, dans une tenue d’ouvrier agricole.Pour cela, il emprunte le service régulier de cars qui  dessert  Ajaccio chaque matin. Il reprend le cours de sa mission et noue pour cela les contacts nécessaires.

Le 16 Juin dans l’après-midi, le lendemain de son arrivée à Ajaccio, il se rend à un rendez-vous avec l’un de ses contacts, le nommé Ange Félix Mariani qu’il doit rencontrer à 19 heures au « Petit bar ». Or, dans la journée du 16 Juin, les services du contre-espionnage italien sont avisés par leurs  informateurs que « deux suspects » se sont donné rendez-vous,  l’après midi, « Petit Bar ». Selon les informations des services italiens l’un des deux suspects  se nomme Bianchi. Il s’agit d’un pseudonyme de Michel Bozzi. Le deuxième « suspect » est Ange-Félix Mariani.

Le 16 juin à 19h 30, l’adjudant- Chef Michel Bozzi est arrêté sur le grand escalier de la Poste centrale non loin du "Petit Bar". Incarcéré puis transporté aussitôt à Bastia il est torturé durant plusieurs jours. Michel Bozzi se comporte héroïquement. Malgré les sévices subis, il ne parle pas. L’ennemi n’apprendra rien, ni sur sa mission, ni sur ses contacts.

Le 28 août 1943, Michel Bozzi est traduit, chancelant, devant un  tribunal militaire italien que l’occupant a mis en place à Bastia  et qui s’intitule « le tribunal militaire des forces armées de la Corse ». Ce tribunal, composé des officiers  suivants : général de brigade Egidio Stivala, président ; capitaine Giovanni Doré, rapporteur ; lieutenant-colonel Feriolo Ravaccia et capitaine Giuseppe Borgna, juges ; condamne  Michel Bozzi à la peine de mort.

Originaire de Coti-Chiavari, Michel Bozzi a été fusillé à Bastia en Août 1943 où il est mort en héros. Son souvenir glorieux demeure. Il restera  un exemple car nul n’ignore le sacrifice suprême auquel il a consenti à quelques semaines de la libération de la Corse. Ne cédant rien sous la torture, Il a préféré, avec abnégation, se sacrifier et accepter la mort  dans  l’honneur et pour la victoire. Antoine Rossi est décédé à Letia en 1974.