Instituteurs de l'enseignement public et poètes distingués, ils ont publié en mars 1914 la revue en langue corse, A Cispra, (antologia annuale). Saveriu Paoli, né à Letia en 1886 est décédé en 1941. Ghjacumu Santu Versini est né à Marignana  en 1867. Il est décédé en 1922. Même si elle n'a eu qu'une existence éphémère, il est utile de signaler A Cispra, opuscule de 78 pages, conçu à Marignana où les deux instituteurs étaient en poste. En effet, un seul et unique numéro a été imprimé et diffusé. A Cispra portait le nom d’un des fusils en usage en Corse au XVIIIe siècle, et avait été annoncée comme un organe de combat incarnant la renaissance de l’identité culturelle de la Corse, tout en initiant la revendication autonomiste et en s’identifiant comme le défenseur vigilant de la langue. Les fondateurs de la revue précisaient dans le texte leur choix concenant l'orthographe et indiquaient "Parlons et écrivons nos dialectes et laissons la langue corse "devenir". Entre deux formes également usitées nous optons pour celle qui s'éloigne le plus de l'italien. Nous préférons Côrzica et côrzu (prononciation de la province de Vico) à Corsica et Corsu (formes purement italiennes). De même nous préférons pueta à poeta" . A Cispra a gardé en Corse l’image emblématique de la renaissance identitaire, de la défense de la culture et de la langue corses, même si elle n'est plus reparue après la première guerre mondiale.  

 Le poème de Ghjacumu Santu Versini, Neve, publié dans l' unique numéro de A Cispra, est désigné comme un exemple éclatant de la richesse de la langue et de la puissance de la poésie corses. Toutes les générations l'ont étudié depuis 1914, pour la profondeur des sentiments qu'il exprime et qu'il suscite dans la description, quelquefois simplement suggérée, de la vie rurale. Au sein de la châtaigneraie on perçoit la rigueur de l'hiver et la chape de désolation jetée sur nos villages de montagne. On ressent la tritesse qui a tout recouvert et qui s'efface devant la majesté du panorama. Les vers claquent ou coulent; ils décrivent, avec des mots simples mais forts, l'âme de la montagne corse, laborieuse et rude. On distingue la vie traditionnelle qui se développe malgré les rigueurs hivernales. Ces vers nous communiquent  jusqu'aux odeurs que l'on ressent les jours de neige, autour des séchoirs qui laissent échapper une fumée aux parfums reconnaissables par les initiés mais uniques, ceux qu'exhale le bois de châtaigner qui se consume.On entrevoit autour de ces séchoirs le peuple industrieux qui s'affaire malgré la rudesse hivernale de nos contrées. Ghjacumu Santu Versini nous dit là, Eccu a maesta di u nostru Rughjone. Dans ce texte qui, avec la neige, nous parle aussi des fleurs qu'elle transporte et du blé qui est prêt à élancer ses épis, on discerne et l'on devine la force du printemps qui ne manquera pas bientôt d'éclater.