Au cours des derniers soubresauts du Moyen-Âge, reprenant le projet traditionnel de ses prédecesseurs tendant à imposer leur comté face à Gênes, Ghjuvan Paolu da Leca (3) (Jean Paul de Leca) domine cette période par l'ambition de son projet et l'opiniatreté qu'il développa pour l'imposer et réussir un moment à rassembler au nom du sentiment national.

Fils de Resterucciu di Leca et petit fils de Rinucciu di Leca, il naitra en 1450 au cœur de la seigneurie construite par le fils d'Arrigo Orecchiritu, Arrigo della Catena, pour son neveu Resteruccio, près d'Arbori (Castello da Leca).

À cette époque, l’île était gérée, au nom de Gênes, par l’Office de Saint Georges, avec l’assentiment du Pape. La domination génoise devint ainsi fondée en droit. Giovan Paolo di Leca su rassembler la région de Catena et de Cinarca en incarnant, face à Gênes, au XVe et aux marches du XVIe siècle, le sentiment national qui lui permis de mobiliser les paysans de la région que l’on nomme aujourd’hui le vicolais. Cette mobilisation contre Gênes lui permis d’arracher l’indépendance de l’état de Cinarca et de l’étendre des portes de Calvi, au Nord, jusqu’aux portes d’Ajaccio et au-delà du Celavo, au Sud.

Sous le régime de Giovan Paolo di Leca, Gugliemo Bolano est nommé évêque de Sagone en 1480 et fonde la même année le couvent de Vicu, que fait bâtir l’année suivante, en 1481, Giovan Paulu di Leca. Bolano, originaire de Speloncatu en Balagna, demeurera en poste à Sagone jusqu’en 1490, année de son décès. (C. F. cronica di Corsica de Caporossi).

En 1487, Gênes tente de reprendre la main et s’efforce de mettre fin au régime seigneurial et à l’État de Cinarca, instauré par Giovan Paolo di Leca. Ce dernier dirigera la révolte contre les troupes génoises qui le harcèlent. Au cours de ces affrontements, comme les autres villages du vicolais, Letia participe avec sa population au mouvement qui embrase les terres de l'état de Cinarca et notamment le vicolais. Le chef de la révolte s’appui sur le fort de Cinarca, situé près du littoral et facile à prendre, et sur le castellu fortifié de Leca (Arbori) ainsi que sur le castellu de Sia, situé au sud d’Osani et au-dessus de Portu sur la commune actuelle d’Ota. Giovan Paulu di Leca est passé à l’offensive contre l’Office de Saint Georges dont il était l’allié. C’est le début de la nouvelle guerre des cinarchesi contre Gênes.

Ghjuvan Paulu di Leca est élu comte di Corsica à u Borgu di a Marana, devant 30.000 personnes. Blessé à Vicu, il rentre à Leca. Le soulèvement qu’il a conduit dans toute la région de Vicu, Letia, etc. et de la Cinarca entière, jusqu’au Niolu et une partie de la Balagne, est écrasé. En effet, Gênes à fait parvenir à ses troupes un canon de bronze, débarqué à Sagone par le chef du corps expéditionnaire génois, le français de Falcon. La région de Vicu et Letia subissent une forte répression et nombres de destructions, menées sous les ordres du mercenaire de Falcon.

Battu, Giovan Paulu di Leca se réfugie en Sardaigne, après s’être embarqué à Ajaccio pour Sassari. En 1489, au cours de la deuxième guerre livrée par l'Office de Saint Georges contre Giovan Paolo di Leca (Chronique de Corse- Anto Pietro Filippini, Editions Piazzola, Introduction , traduction, notes et Index de Antoine Graziani, janvier 1996, page 401, note 53) Ambroggio da Negri dirige la repression et détruit et incendie les villages de Sorru in su, de Sevi in dentru, de l'ensemble du vicolais, du Filosorma, Chiomi et Lecciola. Il chasse les habitants de l'ensemble de ces régions, y compris les populations des villages du Sia et de la Cinarca, eux mêmes incendiés, notamment Sari d'Orcino, Ambiegna, Arro et Lopigna.

En 1493, après avoir fait raser les forts de Leca et de Cinarca, l’office de Saint Georges confie le fort de la Zurlina,(Construit par Rinucciu della Rocca) situé face à Letia, à un allié de Gênes, le pievan de Coggia.

Les 24 et 25 août 1498, Giovan Paulu di Leca débarque à Roccapina avec ses deux fils et quelques partisans. Il se rend chez l’un de ses fidèles, Amoroso de Vezzani, qui le dénoncera aux génois. Traqué par Gênes, sa tête est mise à prix 100 ducats. Les alliés corses de Gênes le combattent dont Rinuccio della Rocca. L’Office de Saint-Georges envoie Ambrogio de Negri et Gerolamo de Gentile pour diriger les troupes combattant Giovan Paulu di Leca. Ce dernier fait alliance avec Rinuccio de Leca, ancien allié de Rinuccio della Rocca.

Giovan Paulu di Leca est finalement battu et s’embarque pour Rome. Il se rendra en Sardaigne.

De retour de Sardaigne en 1501 et après avoir débarqué à Aléria, Giovan Paulu di Leca rallie successivement le Niolu où il recrute 200 Hommes, puis Evisa, avant de parcourir les villages de sa seigneurie et y recruter des partisans dans tout le vicolais, notamment à Letia qui fournira une nouvelle fois des hommes et des vivres. Il en est de même pour toutes les autres localités du vicolais qui rejoignent l’insurrection.

Après divers combats au cours desquels il doit affronter à nouveau le gouverneur et chef du corps expéditionnaire génois, Ambrogio de Negri, débarqué en juin 1501 à Bastia avec pour mission de le réduire, Giovan Paulu di Leca(9) se réfugie dans le fort de la Zurlina (situé face à letia, sur le monte a u castellu, au-dessus du col de Sorru) d’où il négocie sa reddition, directement avec Ambroggio de Negri.

Après l’échec de la révolte, Giovan Paulu di Leca s'embarque à Calvi, en octobre 1501, pour s’exiler en Sardaigne. Le chef cinarchese décèdera à Rome en 1515 et sera inhumé dans la Basilique Saint Chrysogone (San Crisogono), lieu de sépulture de la colonie corse de Rome, où furent inhumés notamment les officiers de la garde papale corse (11) de 1506 à 1662, dans la ville éternelle.