Letia entre dans l’histoire avec la mort du Pape Léon III, lorsque son successeur Etienne IV monte sur le trône de Saint Pierre avec le soutien de Louis le Pieux, successeur de Charlemagne. Le comte romain Ugo Colonna et ses partisans qui s’étaient opposés à l’élection du nouveau Pape furent pardonnés à la condition qu’ils aillent reprendre la Corse aux sarrasins. Ugo Colonna et les siens se rendirent en Corse, en l’an 816, avec mille fantassins et 200 cavaliers. Embarqués sur plusieurs navires, ils se dirigèrent vers la cité d’Aléria pour la libérer. Parmi les gens d’armes qui accompagnaient le comte Ugo Colonna se trouvait son neveu, Orlandino, cavalier émérite. L’île libérée, Ugo Colonna institua en l’an 818, son neveu Orlandino Colonna, seigneur de la contrée que l'on nomme de nos jours le vicolais, avec résidence à Letia.

La paix imposée par Ugo Colonna en 816 perdura jusqu’en 856, bien après sa mort qui intervint en 856. Alors que son fils Bertario était demeuré à Rome, les deux autres, Bonifacio et Cinarca Colonna, l’avaient secondé en Corse. Bonifacio Colonna succéda à son père en 856, alors que la Chrétienté était sous le pontificat du Pape Pascal, auquel succédèrent le Pape Valentin, puis de 828 à 844, le Pape Grégoire IV. Tous trois le confirmèrent comme suzerain de l’île de Corse. Bonifacio fit de l’île un état sain et sûr. Il la défendit contre les exactions des puissants infidèles. Il organisa, avec le soutien de ses parents de Toscane, des incursions en Afrique où il dirigea le sac de Carthage et de Tunis. Il libéra la Sicile. En Corse, il dû affronter les maures qui revinrent avec leur roi Nugolone après avoir débarqué à Aléria et en profitant de l’aide de leur roi Saladin, du roi de Tunis et du roi de Bône pour tenter de reconquérir la Corse. Le comte Bonifacio dirigea la lutte et fini par triompher de Nugolone et de son fils Abitel, lesquels avaient pu soulever les maures établis en Corse depuis leur première défaite, à l’époque d’Ugo Colonna.

Le comte de Barcelone qui avait défendu Rome contre la menace de la flotte de Saladin et de ses alliés, fût envoyé par le Pape en Corse pour soutenir les derniers efforts du Comte Bonifacio pour chasser les arabes. Beaucoup parmi ces derniers, n’ayant pu rembarquer, profitèrent de l’édit du comte Bonifacio qui leur permit de se convertir à la religion catholique, malgré les protestations du Pape. A la mort du comte Bonifacio Colonna en l’an 879, la Corse était stabilisée, alors que la guerre avait duré de 816, sous le règne du comte Ugo Colonna, à 856 sous le règne de Bonifacio Colonna. Les descendants de Bonifacio maintinrent la Corse dans la paix et le calme dura 84 ans. Ils appliquèrent, pour gouverner le pays, le cadre et statut laissés par Ugo Colonna et son Fils Bonifacio. Le comte Orlandino, son fils lui succéda, suivi du comte Ridolfo, puis du comte Guido, et du comte Bonifacio, et ainsi l’un après l’autre, de père en fils.

Bonifacio donna le jour au comte Arrigo, que l’on surnomma Arrigo bel Messere pour ses qualités humaines, intellectuelles, physiques et morales. Selon Giovanni della Grossa, l’arrivée au pouvoir d’Arrigo bel Messere intervint en 968, soit 152 ans après le débarquement d’Ugo Colonna en 816. Ce dernier avait amené avec lui en Corse, en plus de Bonifacio, son autre fils Cinarca, dont la descendance s’était perpétuée. On pu distinguer successivement le comte Olivieri, père du comte Rinaldo, qui eut comme fils le comte Gulielmo, lequel donna naissance à Forte, comte de Cinarca, qui vécut à l’époque d’Arrigo bel Messere. Forte et tous ses prédécesseurs et descendants de Cinarca s’étaient appelés ainsi comme le château et le comté du même nom; ils l’avaient également donné à leur château et à leur comté. Forte vécut du temps d’Arrigo bel Messere qui avait une fille prénommée Bianca ; celle-ci épousa son fils, Antonio di Cinarca. « Bel messere » avait également sept fils. En l’an 1000, Arrigo bel Messere entreprit une médiation à la demande de Forte de Cinarca qui avait une querelle avec les châtelains du Castello de Talavento. Arrigo bel Messere fût traitreusement tué dans une embuscade des talaventesi qui firent prisonniers ses sept fils avant de les noyer au « pont des sept polli ». Cette tragédie eut lieu au mois de mai de l’an 1000 et, selon la légende, une voix surnaturelle se fit alors entendre annonçant à tous : « Arrigo bel Messere est mort ». L’historien Giovanni della Grossa ajouta pour sa part, «Et la Corse ira de mal en pis ». En 1072, Malaspina chassa le comte Andrea de Cinarca, et tous les siens, ils se réfugièrent en Sardaigne. Son fils, qui lui succéda, ne put gouverner. Le Pape envoya plusieurs gouverneurs successifs qui ne parvinrent pas à rétablir la paix. Le pape se résolut alors à confier la Corse à Pise qui exerça une tutelle bienveillante sur la Corse en cherchant à développer l’île.