Preghera letiaise di Natale

 

Nous avons recueilli, dans le livre de Roccu Multedo, la prière récitée à Letia, pour la fête di Natale. Elle est paru à l’auteur comme étant la plus originale, parmi toutes celles qu’il a pu découvrir, de Bastia jusqu’au Sud de l’île. Elle évoque l’ancien Saint patron du Village, San Mighele dont l’église paroissiale était située, depuis le moyen-âge à quelques 300 mètres de l’ancien village de Cosju, détruit dans le haut moyen-âge. Cette église fut abandonnée en 1703 pour celle du hameau de San Roccu qui avait successivement porté le nom de San Ghjacumu puis San Roccu, toujours au moyen-âge et qui a été agrandie en 1882 dans sa forme actuelle. Cette prière évoque également  San Martinu, patron du hameau de Ponte in Gniù dont l’église qui lui est consacrée a également été construite au moyen-âge, puis agrandie et enfin remplacée par la grande construction actuelle, en 1885, sur la même butte majestueuse qui domine la vallée du Liamone.

 

Cette prière était récitée aux petits enfants par les Minane , nos grands-mères lors des fêtes de Noël pour annoncer la nativité.

 

« Padre nostru di Natale,

 

Biatu puru à chi l’ampara.

 

L’amparò u pilligrinu

 

E a disse à San Martinu.

 

San Martinu cullò in celu

 

E a disse à San Michele.

 

San Michele aprὶ le porte

 

Di li vivi e di li morti.

 

Una petra di mattone

 

Tutti l’anghjuli in balcone ;

 

Una petra di baina,

 

Tutti l’anghjuli in duttrina ;

 

Una petra liscia liscia,

 

Tutta l’acqua ci sculiscia ;

 

Una petra tonda tonda,

 

Tutta l’acqua ci s’abonda.

 

Si abundò tantu è tantu,

 

Nostra Madre si calò ;

 

Beppe tantu di quell’acqua

 

Chi d’un figliu ingradivò.

 

Quandu nascὶ quellu figliu

 

Tutt’el mondu alluminò.

 

Canta, canta ros’e fiori,

 

Natu hè Nostru Signore.

 

Natu hè a Betelemme

 

Al mezu al bue, all’assinellu.

 

Per cuprὶ a Gesù Bellu,

 

Un c’era fascia nè mantellu

 

A chi lu sa e a chi lu dice,

 

A ch’un lu sa, ghiusta hè d’amparallu.

 

A la fine di lu mondu

 

Ci truvaremu tutti riuniti ».

 

 

 

Traduction française de Christian Tolla.

 

 

 

« Le « Notre Père » de la Noël,

 

Heureux celui qui veut l’apprendre.

 

Un qui l’apprit ? Un pèlerin

 

Qui le transmit à Saint Martin ;

 

Puis Saint Martin monta au ciel

 

Et le transmit à Saint Michel ;

 

Saint Michel ouvrit les portes,

 

Celles des morts et des vivants.

 

 

 

Une brique en terre cuite : tous les anges à la fenêtre ;

 

Une pierre d’ardoise : tous les anges au catéchisme ;

 

Une pierre toute lisse :  l’eau du ciel toute y glisse ;

 

Une pierre toute ronde : c’est toute l’eau qui abonde.

 

Elle y abonda tant et tant que la Vierge s’y pencha

 

Et en but tellement qu’elle fut enceinte d’un fils.

 

Lorsque naquit l’enfant, le monde s’illumina.

 

 

 

Chantez, chantez, les roses ; chantez, chantez les fleurs,

 

Car nous est né notre Seigneur.

 

Ça s’est passé à Bethleem

 

Entre le bœuf et l’âne gris,

 

Sans lange et sans couverture

 

Pour protéger l’enfant Jésus.

 

 

 

Que celui qui sait les choses les proclame,

 

Celui qui n’en sait rien, c’est bien qu’on les lui dise,

 

Puisqu’à la fin des temps, nous serons tous unis ».

 

 

 

 

 

Source : Roccu Multedo, Le mazzerisme. Un chamanisme corse, Paris, Arkanorum, 1994, p. 170 :