Le territoire de la communauté de Letia qui s’étend sur 36,44 Km2 a fait l’objet durant les années 2013 et 2014 de recherches archéologiques, menées sous l’autorité du conservateur régional de l’archéologie et sous la direction de deux archéologues confirmés, un docteur en archéologie et un doctorant, assisté des bénévoles de Letia-Catena. L’objectif était de vérifier la situation géographique et le contenu des sites déjà répertoriés et inscrits sur la C.A.N. (Carte Archéologique Nationale), et de découvrir et d’inventorier de nouveaux sites par une recherche soutenue sur le terrain. Les premières recherches effectuées en 2013 ont concerné l’environnement des deux hameaux de Letia et d’un périmètre s’étendant, sous forme de triangle, de la pointe du Monte Russetu 1 427 m, jusqu’à deux points spécifiques dans les bas de Letia, facilement identifiables sur la carte, ci-contre, et constituant avec le Monte Russetu, une surface triangulaire. La limite Sud- est du triangle est constituée par le lieu de confluence sur le fleuve Liamone, là où le Fiume Grossu, venu de Guagno, se jette dans le Liamone, au Sud-est du hameau de San Martinu. L’autre point d’ancrage du triangle prospecté se situe au Sud-ouest, là où le Liamone entre sur le territoire de la communauté de Murzo. Les sommets de Chjieragella (1 510 m) et la pointe de Bazzighera (1 269 m) sont inclus dans ce périmètre[1]. Il est utile de préciser que Capu Soro, enclave létiaise en dehors du triangle précité et au sud du Liamone, située à 745 m au dessus de la rive gauche du fleuve, a également été prospectée sans succès. 

 

 

                                                                                                                                                      Territoire de la communauté de Letia - carte IGN - (géo portail). 

 

Les informations recueillies sur les sites et indices de sites confirment l’occupation de ce territoire de la préhistoire à nos jours. Cette opération a permis de mettre au jour des sites à prépondérance protohistorique. En effet le mobilier découvert atteste d’une occupation protohistorique pour l’ensemble des 31 sites visités. Pour deux de ces sites, la présence de mobilier spécifique de la période néolithique pourrait faire remonter l’occupation au néolithique final ou élaboré, même s’il n’a pas été possible d’établir formellement une datation. Le mobilier trouvé est spécifique de la culture des céréales. On a noté également la présence d’une lame en obsidienne qui pourrait se rattacher au site du Monte Arci en Sardaigne. Elle se trouvait sur un site portant des mobiliers spécifiques du néolithique dont une meule de broyage des grains de céréales, ainsi que des galets de broyage. Plusieurs fragments de céramiques ont été identifiés sur deux sites différents, comme datant de l’âge du bronze et d’autres de l’âge du fer. Dans certaines parties du territoire on a pu discerner la prépondérance de mobiliers antiques. 

 

PAULINE 2013 161 

Cliché Letia-Catena 2013 

Fragments d’une poterie utilisée pour stocker les céréales 

 

L’apport essentiel du néolithique concerne l’agriculture, qui permit de faire pousser et récolter des plantes pour assurer et diversifier l’alimentation des hommes et du bétail : le blé, l’orge, etc.., les légumineuses qui nécessitaient l’utilisation d’ustensiles pour leur conservation par stockage. Les mobiliers identifiés nous démontrent que les populations établies dans ce périmètre maîtrisaient la culture des céréales. Les sites visités se trouvent généralement près de sources mais surtout de zones agraires laissant supposer une activité agricole d’emblavement, liée à ces occupations. Il en est de même pour les fragments trouvés, sous formes de panse d’ustensiles et de coupes, ainsi que de céramiques, caractéristiques de la période néolithique, prouvant la maîtrise de la culture des céréales. 

Meule 

Cliché Letia-Catena 2013 

Meule de broyage mobile d’une dimension de 65 cm. 

La prospection-inventaire réalisée en 2014 s’inscrivait dans la continuité de l’opération menée en 2013. Aussi, afin de compléter les données acquises, il apparaissait nécessaire d’examiner la partie nord de la commune jusqu’alors inexplorée. Cette zone géographique se caractérise par son relief montagneux où culmine Cimatella à 2098 m. Bien que la topographie soit accidentée, différentes bergeries au nombre d’une dizaine, sont installées, témoignant ainsi de la fréquentation de ce secteur sur la rive droite du Liamone. Accessible par le chemin à flanc de montagne, en empruntant le sentier qui quitte Letia vers le Nord-est, en traversant la châtaigneraie du Frassu, après avoir longé par les hauteurs l’ancien village de Cosju, on atteint le vieil oratoire de San Liseï, au col du Veralu, puis le rocher nommé a Sciappa à tribbiatoghjia dont le nom indique qu’ont y battait les céréales.  

La prospection s’est étalée sur plusieurs jours et la rive gauche du Liamone à elle-même été visitée en empruntant le sentier qui de Letia remonte la vallée, jusqu’à la partie centrale, constituée par une large étendue plane, naturelle, à San Clemente, puis plus au Nord jusqu’à Custica, et enfin sur les crêtes qui surplombent Ciuttare et les autres sites, sur la rive droite du Liamone, aux pieds du Capu Farinettu à 1377 m, du Tritore à 1790 m, sommets que domine u Capu à u Tozzu à 2007 m. 

L’examen des différents sites, dans la haute vallée du Liamone, et de leur réseau d’accès a permis de découvrir des vestiges archéologiques. Parfois ténus, ces vestiges permettent toutefois de proposer la fréquentation de ce secteur géographique de la commune durant la préhistoire et la Protohistoire, comme pour le reste du territoire de la communauté de Letia, le mobilier indique que les populations maîtrisaient la culture des céréales. Les sites visités, au nombre d’une quinzaine, présentent les caractéristiques de la période néolithique. Nous retenons, un des sites les plus significatifs, qui à permis de découvrir la présence d’un éclat d’obsidienne, accompagné de fragments de quartz, ainsi que nombre de céramiques, fragments de poteries. 

 

IMG_7350 

Cliché : Letia-Catena 2014 

Roue portative de moulin à grains, abandonnée car brisée lors de la découpe. 

 

On a noté un site constitué de différents chaos rocheux formant pour certains des abris. Aucun mobilier archéologique n’a été observé dans ces cavités, en revanche, au moins trois cupules ont été enregistrées tandis qu’un élément de moulin portatif, significatif de la période du néolithique final, avait été abandonné en cours de découpe. 

Un gisement de céramiques modelées et des résidus issus d’une activité métallurgique du fer à été découvert, bien plus bas. La majorité des sites visités, situés près de sources ou cours d’eau, sont proches également de zones agraires et présentent des mobiliers identifiés comme relevant du néolithique. Ils nous démontrent que les populations établies dans ce périmètre maîtrisaient la culture des céréales. 

IMG_2156 

Cliché : Letia-Catena 2013 

Cupule pour moudre les grains 

 

IMG_7315 

Cliché : Letia-Catena 2014 

Cupule pour moudre les grains 

 

 

 

*            *

 

 

 

Matériaux archéologiques trouvés aux lieux dits a Cruccianaghia et l'Albitrone 

 

Jean André Rossi qui est installé comme berger au lieu dit A CRUCCIANAGHIA, à Letia,  a découvert sur ce site, bien au dessus de sa bergerie, un moule pour la confection de pointes de flèches, ainsi qu’un lingot (cuivre ou bronze) cylindrique qui doit peser près d’1 kg. Le moule est daté de la fin du Bronze final.

La déclaration de cette découverte auprès du SRA (Service Régional d'Archéologie ) pour la mise à jour de la CAN (Carte Archéologique Nationale), a été effectuée par madame Gardella, à laquelle Jean André Rossi avait remis sa découverte, ainsi qu'à l'archéologue Jean Baptiste Mary.  La découverte du moule a récemment fait l'objet d'une publication par le Proto-historien Pêche-Quilichini ( 2014b). 

 

Deux résultats des prospections menées sur la commune par Marie-Andrée Gardella.  

 

Référence : M. Rageot, Les substances naturelles en Méditerranée nord-occidentale (VIe-Ier millénaire BCE). Chimie et archéologie des matériaux exploités leurs propriétés adhésives et hydrophobes, Thèse de doctorat, Nice, 2015, p. 191 :

                      

 

                                                                                         Un tesson de céramique présentant une substance noire, répartie sur une des cassures, a été découvert à Albitrone

Le caractère typo-morphologique du fragment de céramique pouvait l’intégrer au premier âge du Fer corse (IXe-VIII s. BCE). Ce matériau aux propriétés adhésives a donc été utilisé sur le site pour réparer des récipients (classe A).Op. cit., p. 322 : 

 

Albitrone (Letia, Corse-du-Sud)  

 

Le site se trouve sur la commune de Letia (avec une partie à Renno), lieu-dit « Punta di Castellu ». Il a été découvert lors d’une prospection réalisée par Marie-Andrée Gardella (Laboratoire Régional d’Archéologie de Corse). Il s’agit vraisemblablement d’un habitat, au moins partiellement fortifié (dont la toponymie a gardé le souvenir), qui se situe dans un contexte de sommet granitique, érodé à environ 1000 m d’altitude. Très peu d’informations sont disponibles pour ce site. À ce jour, le corpus est uniquement constitué du mobilier superficiel, principalement de la céramique datée des Xe-VIIIe siècles (communication de K. Pêche-Quilichini). Un moule de pointe de flèche a également été découvert et a récemment été publié (Pêche-Quilichini et al., 2014b), ainsi qu’un lingot (cuivre ou bronze) cylindrique qui doit peser près d’1 kg. Le moule est daté de la fin du Bronze final.  

 

Référence : K. Pêche-Quilichini, J. Graziani, G.F. Antolini, M.A. Gardella, M. Milleti, « Les matrices de fusion protohistoriques de Corse. Etat de la recherche et découvertes récentes », in Chronologie de la préhistoire récente dans le Sud de la France. Actualité de la recherche, sous la dir. d’I. Sénépart, Fr. Léandri…, Toulouse, Archives d’écologie préhistorique, 2014, p. 431-1146, p. 439-440 :

 

 

 

 

Albitrone-Cruccianaghja (Letia, Corse-du-Sud) Découvert récemment lors de prospections, cette valve triple en stéatite, très endommagée, était à l’origine probablement quadruple. Une face porte la pointe d’une lame (pointe de lance ou poignard) à nervure centrale assez identique aux matrices de Ficaghjola et Capificu. Les deux autres faces gravées portent plusieurs pointes de flèche très aigues à soie et ailerons, pour lesquelles les meilleures comparaisons renvoient au premier âge du Fer initial, notamment dans les Pyrénées (Castiella Rodriguez et Sesma Sesma, 1989 ; Cert, 2000, fig. 5, n° 1-3). Les pointes de flèches en bronze de ce type sont, en l’état des recherches, inconnues dans l’île. Un exemplaire, à douille et ergot, provient de Cucuruzzu (Levie, Corse-du-Sud). L’absence d’entonnoir montre que le métal liquide était coulé sur matrice horizontale, avant l’adjonction de la seconde valve ou d’un couvercle (dont l’existence est démontrée par la présence des mortaises d’emboitement). Il s’agit là des seuls témoignages permettant de documenter l’archerie à l’âge du Bronze final (Pêche-Quilichini, 2012). L’épandage auquel l’objet appartient a également livré de la céramique du Bronze final 3 et un lingot cylindrique en bronze. 

Autre commentaire pour le même moule de flèche.  

 

K. Pêche-Quilichini…, Chronologie…, op. cit., couverture :  

 

Albitrone- Cruccianaghja (Letia) - Stéatite Ce moule triple était à l’origine probablement quadruple. Une face porte la pointe d’un outil perçant (poignard ou pointe de lance) à nervure centrale. Les deux autres faces gravées portent plusieurs pointes de flèche à soie et ailerons. Il s’agit là des seuls témoignages permettant de documenter l’archerie à l’âge du Bronze (final ?). L’épandage auquel l’objet appartient a également livré de la céramique du Bronze final 3 et un lingot cylindrique en bronze. 



[1]. Chjiragella, nommé souvent L’Inchinosa sur diverses cartes IGN, se trouve, comme le monte Russetu, en limite du territoire des communautés de Renno, Cristinacce et Letia. Le Monte Russetu est à la limite des territoires de Letia et Cristinacce.